Journée d’études : « Le shaykh Akansūs et son temps. La spiritualité et les jalons de la Réforme » (8 octobre 2026)

Journée d’études organisée par Francesco Chiabotti (INALCO/CERMOM), Sophie Tyser (Université de Turin/CERMOM) et Michele Petrone (LUISS, Rome).

Dans le cadre du projet “MAG-Renew. Renouveaux spirituels et expressions artistiques dans le Maroc du 19ème siècle. Approches islamologique, littéraire et esthétique”, lauréat des projets d’excellence de l’Institut Français d’islamologie.

Détails du programme et des présentations : https://www.inalco.fr/evenements/journee-detudes-le-shaykh-akansus-et-son-temps-la-spiritualite-et-les-jalons-de-la

Jeudi 8 octobre 2026 : 9h-18h
Maison de la recherche, 2 rue de Lille, 75007 Paris,
Auditorium Dumézil et salle du CERMOM
Entrée libre
En présentiel
Organisateur(s) : CERMOM

Argumentaire

Le XIXème siècle représente un tournant majeur dans l’histoire du Maroc, marqué par une reconfiguration des champs politique, religieux et intellectuel, souvent associée à ce que l’historiographie désigne comme l’« époque de la nahḍa ». Pourtant, parallèlement à la nahḍa, une autre dynamique est à l’œuvre : celle d’un renouveau spirituel majeur, conduit par de nouvelles voies soufies (ṭuruq) qui émergent et se diffusent dans le Maghreb et l’Afrique subsaharienne à partir du Maroc. Parmi elles, la ṭarīqa tijāniyya occupe une place prépondérante. C’est dans ce contexte que s’inscrit la figure du savant Muḥammad Akansūs (m. 1294/1877), célèbre pour son activité politique, d’abord comme secrétaire (kātib) du sultan Moulay Sulaymān (r. 1792-1822), puis comme vizir durant les trois dernières années de son règne. Il est également connu comme historiographe de la dynastie alaouite, ainsi que comme homme de lettres distingué de son époque et linguiste, à l’origine d’une édition du Qāmūs al-muḥīṭ. Poète remarquable, il est aussi l’auteur d’une maqāma (« séance littéraire »). Il fut aussi et surtout un important savant en sciences religieuses de son temps, ainsi qu’un maître respecté au sein de la tijāniyya, à laquelle il s’affilie quelques années après la disparition du fondateur de la voie, le shaykh Aḥmad al-Tijānī (m. 1230/1815).

À travers l’étude de l’œuvre et le parcours d’Akansūs, cette journée d’études vise à explorer le rôle des principaux relais qui ont alimenté le renouveau spirituel et intellectuel à la veille de l’irruption coloniale. Loin de se limiter à son rôle politique de conseiller des sultans, Akansūs fut un acteur privilégié de ce renouveau. En tant que savant et guide spirituel au sein de la tijāniyya, il fut le fondateur de la première zāwiya de cette voie à Marrakech, à partir de laquelle elle s’étendit vers les montagnes de l’Atlas, la région de Souss et au-delà encore. Il fut par ailleurs fortement impliqué dans les débats spirituels (concernant notamment la légitimité de la tijāniyya) et religieux de son époque. Akansūs fut également un acteur notable du renouveau intellectuel de son temps. Son intérêt pour des sciences telles que les mathématiques, l’astronomie et la médecine reflète une curiosité intellectuelle qui l’a aussi conduit à explorer les avancées des sciences occidentales de l’époque via la supervision de la traduction d’ouvrages scientifiques – mathématiques et astronomiques –, du français et de l’anglais, conservés à la Bibliothèque royale de Rabat.

Cette journée d’étude se propose ainsi d’approfondir l’étude du parcours singulier d’Akansūs, et d’explorer son héritage dans sa pluralité : historiographe de la dynastie alaouite et témoin des conflits entre le Maroc et les puissances occidentales, mais aussi lettré, savant et maître spirituel, son œuvre porte un témoignage précieux sur les transformations politique, intellectuelle et spirituelle qui surviennent durant ce que l’on appelle l’ère de la réforme (zamān al-iṣlāḥ). Akansūs joue aussi un rôle dans la circulation des savoirs entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne (et même au-delà), où la tijāniyya connaît une expansion majeure. Ce colloque sera également l’occasion de faire le bilan des recherches académiques concernant la tijāniyya, parfois encore étudiée indépendamment de son enracinement maghrébin. En révélant la richesse de l’héritage du shaykh Akansūs et son rôle dans les évolutions du soufisme à la fois locale et internationale, ce colloque vise en définitive à redonner sa juste place au renouveau spirituel et intellectuel qu’a connu le Maroc au XIXème siècle.

Programme 

9h-12h30 (pause à 10h20)

  • Sophie Tyser (INALCO/CERMOM), De l’ikhtilāf al-madhāhib à l’ikhtilāf al-ṭuruq : droit, soufisme et pluralisme selon Muḥammad Akansūs.
  • Natalie Kraneiß (University of Münster), From Commentary Back to Collation? Philological Practices around al-Qāmūs al-Muḥīṭ in 19th-Century Morocco.
  • Yaseen Christian Andrewsen (University of Oxford, Faculty of Theology and Religion), Revisiting the Intellectual Basis of a Sufi Dispute: Aḥmad al-Bakkāy al-Kuntī, Muḥammad Akansūs, and the Epistemological Stakes of the Qādirī–Tijānī Exchange.
  • Pierre Ageron (Université de Caen), Deux aventures éditoriales de sciences exactes dans le Maroc du XIXe siècle.
  • Michele Petrone (LUISS, Rome), The zāwiya Saʻīdiyya in Ethiopia. Sukayrijī kunnāsh
  • Francesco Chiabotti (INALCO/CERMOM), Notes sur le poème de fondation de la zāwiya kansūsiyya à Marrakech.
  • Conclusion (Francesco Chiabotti, Michele Petrone et Sophie Tyser)

14h-15h30 : Rencontre avec Jaafar Kansoussi et Mohamed Mehdi Kansoussi (discutant : Antoine Perrier, CNRS, CHS).

Horaires détaillés et résumés des présentations :  https://www.inalco.fr/evenements/journee-detudes-le-shaykh-akansus-et-son-temps-la-spiritualite-et-les-jalons-de-la


Abstract

The 19th century represents a major turning point in the history of Morocco, marked by a reconfiguration of the political, religious, and intellectual fields, often associated with what historiography designates as the ‘era of the nahḍa.’ Yet, parallel to the nahḍa, another dynamic was at work: that of a major spiritual renewal, led by new Sufi orders (ṭuruq) that emerged and spread throughout the Maghreb and Sub-Saharan Africa from Morocco.

Among them, the ṭarīqa tijāniyya occupies a preponderant place. It is within this context that the figure of the scholar Muḥammad Akansūs (d. 1294/1877) belongs. He is celebrated for his political activity, first as secretary (kātib) to Sultan Moulay Sulaymān (r. 1792-1822), and then as vizier during the final three years of his reign. He is also known as an historiographer of the Alawite dynasty, a distinguished man of letters of his time, and a linguist responsible for an edition of the Qāmūs al-muḥīṭ. A remarkable poet, he was also the author of a maqāma (“literary session”). Above all, he was an important scholar in religious sciences and a respected master within the tijāniyya, which he joined a few years after the passing of its founder, Shaykh Aḥmad al-Tijānī (d. 1230/1815).

Through the study of Akansūs’s work and career, this colloquium aims to explore the role of the primary conduits that fueled the spiritual and intellectual renewal on the eve of the colonial incursion. Far from being limited to his political role as a counselor to sultans, Akansūs was a privileged actor in this renewal. As a scholar and spiritual guide within the tijāniyya, he founded the first zāwiya of this order in Marrakech, which served as a starting point for its extension toward the Atlas Mountains, the Souss region, and beyond. He was furthermore heavily involved in the spiritual (concerning the legitimacy of the tijāniyya) and religious (polemics with the salafiyya) debates of his era.

Akansūs was also a notable participant in the intellectual renewal of the period. His interest in sciences such as mathematics, astronomy, and medicine reflects an intellectual curiosity that led him to explore Western scientific advancements by supervising the translation of French and English works—now preserved in the Royal Library in Rabat.

This colloquium proposes to deepen the study of Akansūs’s singular career and explore his legacy in its plurality. As an historiographer of the Alawite dynasty and witness to conflicts between Morocco and Western powers, but also as a man of letters, scholar, and spiritual master, his work provides precious testimony to the political, intellectual, and spiritual transformations occurring during the “era of reform” (zamān al-iṣlāḥ). Furthermore, Akansūs played a role in the circulation of knowledge between the Maghreb and Sub-Saharan Africa, where the tijāniyya experienced major expansion.

Finally, this colloquium will be an opportunity to take stock of academic research regarding the tijāniyya, which is sometimes still studied independently of its Maghrebi roots. By revealing the richness of Shaykh Akansūs’s legacy and his role in local and international Sufi evolutions, this event ultimately aims to restore the spiritual and intellectual renewal experienced by 19th-century Morocco to its rightful place.

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